Mai 13, 2022 | Article

« ll était important que je puisse m’exprimer pour dédramatiser la situation. »

Tangata Emploi a souhaité donner la parole aux premiers concernés par l’insertion professionnelle : les travailleurs en situation de handicap. Lali Dugelay travaille à temps partiel dans le secteur associatif qui crée et gère de l’habitat inclusif.

Le parcours typique d’une personne atypique : « se « sentir à côté de » sans savoir expliquer pourquoi », « beaucoup d’exclusions quand j’étais enfant et ado, souvent malmenée, agressée, harcelée sans comprendre pourquoi », « Je m’échappais dans ma bulle ». Alors même qu’elle était déjà dans la vie professionnelle, Lali Dugelay  ne savait pas qu’elle était autiste. Elle a eu la « révélation » quand elle a pris en stage une jeune fille autiste. La rencontre a généré un effet-miroir. « Pour la première fois de ma vie, quelqu’un comprenait tout ce que j’exprimais et ressentais. J’ai donc fait des recherches et, me reconnaissant dans les profils autistiques décrits, j’ai souhaité obtenir un diagnostic. » se rappelle Lali Dugelay. « Il y a « un avant et un depuis ». « La question est de savoir ce que l’on va en faire. L’impact a été très positif : cela m’a tout d’abord permis de faire un tri dans mon entourage, et ne garder que ceux qui étaient prêts à m’accueillir pour et grâce à ce que je suis intrinsèquement. »

Après vingt ans de mauvaises expériences, elle a décidé de chercher une entreprise réellement inclusive. Son intégration dans l’association qui l’emploie actuellement s’est très bien passée parce qu’elle a pu discuter des aménagements nécessaires avec la RH. « Nous avions décidé ensemble que je parlerais de mon autisme à mes collègues, de façon à ce qu’ils puissent me poser toutes les questions qui leur viendraient en tête sans gêne. L’entreprise a pris en considération la possibilité de venir au bureau en horaires décalés pour éviter les heures de pointe des transports en commun ; télétravail au moins 50% du temps ; salle de repos pour me ressourcer quand les sens sont trop sollicités ; bureau exposé à la lumière naturelle, sans passage derrière mon dos, écrans secondaires à la maison et au bureau. ».

S’agissant de l’ambiance de travail avec les collègues, Lali Dugelay dit volontiers qu’elle est « bienveillante et joyeuse. » « L’autisme véhicule beaucoup d’idées reçues et il était important que je puisse m’exprimer sur le sujet pour dédramatiser la situation. Les gens me considèrent comme celle qui a toujours des idées et une façon d’être fantaisistes. Ça me va ! »

Beaucoup de personnes en situation de handicap se posent les mêmes questions : doit-on mentionner la RQTH dans son CV ? Est-il préférable d’attendre le premier entretien ?

« Je mentionne la RQTH dans ma lettre de motivation et je la rappelle au cours du premier échange téléphonique, en expliquant en quoi consiste mon handicap, quelles sont mes forces et les quelques aménagements nécessaires, notamment pour l’entretien d’embauche. Je le fais toujours avec humour et optimisme : je pense que le message passe mieux ainsi. » déclare Lali Dugelay. « Mon handicap, ce n’est pas d’être autiste : mon handicap, c’est d’évoluer dans une société qui n’est pas prête à accepter la diversité, sous quelque forme qu’elle se présente. ». 

Pour améliorer le recrutement et l’intégration, beaucoup de travailleurs en situation de handicap regrettent la non prise en compte des soft skills. Lali Dugelay déclare qu’une forte détermination découle de son parcours. « Il faut arrêter avec cette course aux diplômes, très française, rappelle-t-elle. Les personnes handicapées ont souvent plus de difficultés à accéder à des études supérieures. Cela ne signifie pas qu’elles sont incapables, mais plutôt qu’il n’y a pas de dispositif tenant compte de leur handicap qui leur permette de suivre leurs études. »

personnes discutant

Lali Dugelay aurait eu besoin d’une personne au courant de ses spécificités et de ses besoins, « un référent/mentor qui fasse le lien entre l’entreprise et moi. Je ne pense pas que cela existait quand je suis entrée dans le monde du travail en l’an 2000. »

Tangata Emploi a été précisément créé pour contribuer à pallier cette absence et ainsi accompagner entreprises et travailleurs en situation de handicap.