Nov 22, 2021 | Événements

À l’occasion de l’événement de lancement de Tangata Emploi #TangataTahi, nous vous invitons à notre deuxième discussion 100% digitale sur l’inclusion au sein des entreprises en compagnie de nos intervenants :

Laurent El Medioni – Ergonome chez Ergo Synergie. Un cabinet de conseil en ergonomie spécialisé en santé au travail.

Géraldine Magnier – Coach, fondatrice d’Empowermen et auteure de “Après la Maladie, le travail”.

EMPLOI ET HANDICAP : Ensemble, faisons la différence.

Table Ronde 2 – 

Avec Eloi Choplin, Géraldine Magnier et Laurent El Medioni. 

Eloi Choplin : Bonjour à toutes et à tous, et bienvenue pour cette nouvelle émission dans cette grande journée organisée par Tangata emploi, avec un nouveau plateau qui sera consacré à l’Insertion et au Maintien dans l’emploi : comment intégrer une personne en situation de handicap ? 

On va parler là d’une forme de développement durable, de progressivité dans l’accompagnement. On va voir à quel point la place est grande pour le dialogue, pour la parole, avant l’action. 

Pour explorer ces questions cruciales, accueillons Laurent El Medioni, bonjour Laurent.

Laurent El Medioni : Bonjour Eloi, bonjour à tous.

Eloi Choplin : Laurent vous êtes ergonome, et fondateur de ErgoSynergie, on va y revenir, et Géraldine Magnier, bonjour Géraldine.

Géraldine Magnier : Bonjour.

Eloi Choplin : Vous êtes coach, fondatrice d’Empowermen et auteure de “Après la Maladie, le travail”.

Eloi Choplin : Alors, juste pour poser le contexte, ErgoSynergie c’est quoi?

Laurent El Medioni : ErgoSynergie c’est un cabinet d’ergonomie qui est né en 2013 par des demandes du réseau, j’étais préalablement dans un service de santé au travail, et qui s’est orienté très naturellement, au départ, vers le milieu du handicap. C’est un milieu sur lequel j’avais travaillé une dizaine d’années en accompagnement des groupes d’handicapés dans un ESAT, et c’est à ce moment-là que moi j’avais repris mes études pour aller vers de la psychologie et de l’ergonomie. 

Eloi Choplin : Empowermen Géraldine c’est quoi ?

Géraldine Magnier : Empowermen c’est presque la même date de création, 2012. Ça a démarré avec l’accompagnement de la préparation du retour au travail, puis du retour au travail dans la période de préparation au maintien en emploi une fois que les personnes sont retournées en poste. 

Et dans l’évolution l’inclusion des personnes en situation de handicap, et puis plus largement accompagner toutes les personnes qui peuvent être en fragilité à un moment donné dans l’entreprise que ce soit momentané ou plus long, pour pleins d’autres ruptures de trajectoire, et problématiques, deuils, divorces, salariés aidants etc, donc de pouvoir accompagner plus largement en qualité de vie au travail, faire attention à l’autre au sens large. 

Eloi Choplin : On le voit effectivement, dans vos pratiques, dans votre travail, le travail en équipe est fondamental, travailler avec les équipes autour de la personne en situation de handicap notamment.

Comment ça se passe quand on est ergonome, qu’on est confronté à ça, ça veut dire quoi ? C’est une entreprise qui vous appelle pour dire qu’ils ont des personnes qu’il faudrait mieux accompagner en interne ?

Laurent El Medioni : Oui, tout à fait, c’est généralement la mission handicap ou le médecin du travail qui nous contacte pour expliquer une situation dysfonctionnante ou alors une personne, – on parle d’inclusion, d’insertion – qui va arriver dans l’entreprise. Ca c’est quand même un peu plus rare. Mais quoiqu’il en soit, on va chercher à adapter le poste de travail, l’activité de l’individu, à son handicap, de façon à ce que la personne puisse réaliser son activité comme tout à chacun. Vous avez besoin d’un stylo bleu pour faire votre travail, on va vous fournir un stylo bleu, vous allez pouvoir réaliser votre activité, la personne handicapée va avoir besoin d’un aménagement spécifique, mais une fois qu’elle l’aura, elle doit pouvoir travailler comme tout à chacun.

Eloi Choplin : Est-ce que dans votre pratique l’ergonomie c’est aussi travailler sur l’acceptation des autres, de ce nouveau poste de travail, ou ces nouvelles techniques ?

Laurent El Medioni : Bien entendu, le handicap fait peur, d’une façon générale. Voir une personne handicapée suite à un accident, ou alors l’insertion d’une personne dans une équipe, va créer une certaine crainte : “Comment est-ce que je vais pouvoir parler à cette personne ? Est-ce que je vais devoir l’accompagner pour quelque chose ?”. 

On accompagne donc l’équipe, on accompagne le collectif, sur l’intégration de la personne handicapée dans l’équipe. On accompagne effectivement le collectif avec la personne en situation de handicap.

Eloi Choplin : D’accord, et vous Géraldine, vous travaillez notamment sur la culture de l’entreprise finalement, c’est un frein parfois ?

Géraldine Magnier : C’est l’élargissement, c’est de se dire d’accompagner plus de situations particulières et puis d’aller après sur des situations plus larges qui peuvent arriver à tout le monde, mais aussi de faire attention à l’autre globalement dans l’entreprise. C’est de rentrer un espèce d’ADN, d’ancrer dans toutes les strates de l’entreprise, que l’autre à un moment donné il peut lui arriver quelque chose, il peut être en difficulté, il peut avoir des fragilités, il peut être en situation de handicap visible, ou invisible et que tout le monde peut avoir besoin à un moment donné d’aide, et de rentrer ça effectivement dans la culture de l’entreprise.  

Eloi Choplin : Pas simple, notamment, quand on voit que 85% des handicaps sont invisibles. Ce handicap invisible il faut aussi l’accompagner, parfois il a du mal à s’affirmer aussi, il a du mal à s’assumer. Comment faites-vous pour accompagner l’acceptation d’un handicap invisible ? Surtout s’il n’est pas totalement assumé. 

Géraldine Magnier : Alors ça c’est tout le travail du coach, et c’est vraiment un peu la magie du coaching, c’est vraiment d’accueillir la personne là où elle est, à la marche où elle est par rapport à ce mot, et souvent prendre des pincettes quand on commence à aborder : 

“Est-ce que vous avez pensé, est-ce que vous pensez que vous pourriez – attention je vais dire un mot un peu dur, mais qui va évoquer des choses, tout de suite dans votre tête, qui sont différentes, mais c’est une solution pour vous – est-ce que vous avez pensé à une 

reconnaissance en qualité de travailleur handicapé ?” 

C’est y aller en douceur, c’est expliquer que ca peut être une opportunité et non pas une étiquette qu’on colle, quelque chose de négatif, mais que ça peut être une opportunité pour le maintien en emploi et l’inclusion.  

Eloi Choplin :  Vous Laurent, c’est pareil, c’est la même approche, notamment quand un handicap est invisible ?  

Laurent El Medioni : Tout à fait, le refus du terme handicapé c’est du quasi quotidien, on a tous cette tendance à rejeter ce qui nous fait peur, alors aussi on revient sur cette peur. Il y a des exemples que je prends régulièrement, c’est qu’une personne qui porte des lunettes, le jour où elle a pas ses lunettes, elle se retrouve en situation de handicap. Elle ne peut pas lire, elle ne peut pas faire son travail. C’est un exemple qui permet de diminuer un peu cet impact du mot handicap. 

C’est vrai qu’après on peut orienter, c’est aussi notre rôle, quelque soit le type d’intervenant auprès de la personne, c’est d’orienter vers un coach, c’est d’orienter vers un psy, vers quelqu’un qui a vraiment des compétences pour faire passer le message à la personne.   

Eloi Choplin : Je voudrais qu’on dise un petit mot sur votre livre, est-ce que vous pouvez le montrer à la caméra ? “Après la maladie, le travail.” Géraldine Magnier, il y a une petite phrase en dessous, reprendre une trajectoire professionnelle après le cancer.

Après la maladie, le travail », c’est assez clair.

Géraldine Magnier : Voilà, effectivement, il n’y a pas de fatalité, même s’il y a des difficultés, même si dans le sac à dos il y a des troubles, des incapacités, des cailloux dans le sac à dos, qui sont en complément, il peut y avoir un retour au travail, ça doit se préparer, ça c’est sûr. Ça doit se préparer pour la personne elle-même, elle doit demander une RQTH, il y a tout un travail de coaching, d’acceptation, de mise en place après, de la RQTH, avec la médecine du travail, la mission handicap, avec les ressources humaines, le manager, l’équipe, de mettre en place les adaptations, et là c’est le travail des ergonomes par exemple, de mettre en place ce qui peut aider. 

Il y a une vie après la maladie, et il y a potentiellement une reprise d’une trajectoire professionnelle réussie derrière, ça s’anticipe, et ça peut se faire en mettant effectivement des acteurs clés à ses côtés pour préparer et mettre en place tout ça.

Eloi Choplin : Là encore c’est un travail d’équipe, c’est du collectif. 

Une question d’Amine sur le chat : “Quelles sont les choses à faire prioritairement pour accueillir une personne en situation de handicap ?” 

Laurent El Medioni : Prioritairement j’ai envie de dire qu’on va déjà connaître la situation de handicap de la personne. La situation de handicap ce n’est pas un mot, on va connaître la personne elle-même, c’est fondamental pour après, connaître, l’activité qu’elle doit réaliser. On va mettre en concordance les deux : la personne et l’activité et on va regarder ce qu’il manque ou sur quoi s’appuyer pour que la personne soit bien intégrée. 

Puis après, on va voir ce qu’il en est du collectif dont on parlait tout à l’heure.

Géraldine Magnier : Oui, je suis d’accord. La première chose, effectivement, c’est de partir de la personne et de savoir ce dont elle a envie, est-ce qu’elle est prête à en parler ou pas et à quel point ça peut être un langage de vérité, un travail de coopération et de vérité qui se met en place et de respecter la confidentialité, de respecter où en est la personne par rapport à ce sujet qui la touche personnellement. 

Et après à regarder, comme dit Laurent.

Eloi Choplin  : Comment fait-on pour accompagner convenablement, durablement, quelqu’un qui a un handicap ? Même si j’imagine que chacun est particulier évidemment. 

Laurent El Medioni : Chacun est particulier évidemment, avec quel type d’accompagnement ? On va avoir du coaching, on va avoir de l’ergonomie. Alors je vais parler de ce que je connais le mieux, l’ergonomie. 

Effectivement, on va aménager un espace de travail, on va organiser, on va aménager une organisation de travail pour la personne. Et puis cette personne va vivre dans l’entreprise, avec son activité, et il va peut-être falloir l’accompagner. Et c’est toute l’importance du travail en amont, c’est connaître l’individu, c’est ce que l’on disait tout à l’heure avec Géraldine. 

Connaître l’individu c’est savoir si la pathologie de la personne est chronique ou pas. Si elle est chronique, on peut mettre en place un suivi. 

Simplement le fait de donner son numéro de téléphone à la personne qui va nous dire, “je commence à avoir des tensions à tel endroit ou je commence à avoir des difficultés à tel autre endroit”. Et puis là, on prend rendez-vous avec le médecin du travail et on relance une intervention, voilà en ergonomie, on est plutôt dans ce sens-là. 

On peut suivre la personne à 3, 6 mois, 1 an ou plus, mais c’est surtout elle qui va nous faire un retour. C’est peut-être différent en coaching. 

Géraldine Magnier : Non j’ai envie de dire que ça va être la même chose, la clé ça va être le suivi. Le suivi peut se faire à différents niveaux, ça peut être des points réguliers, alors bien sûr avec le manager qui est le manager de proximité, avec les ressources humaines et s’il y a une personne responsable de la mission handicap, ça va être une personne clé, vraiment, des personnes hyper importantes. 

Et puis ça peut être aussi à des moments clés avec la médecine du travail, et en fonction des besoins qui évoluent. 

C’est à dire qu’à un moment donné, il y a un retour, il y a un maintien en emploi et il y a certains besoins et des demandes qui vont être posées pour pouvoir au fur et à mesure du suivi, adapter en fonction des besoins et que la personne se sente légitime et qu’elle ne se sente pas coupable de poser de nouveaux besoins et de poser de nouvelles demandes. 

Eloi Choplin : Encore on le voit, je le redis, je le re redis, l’importance du collectif, l’importance du groupe, l’importance d’un travail en équipe pour favoriser ce maintien dans l’emploi. Dans l’équipe, c’est aussi avec la famille, avec l’entourage, avec les amis ou pas ? Jusqu’où ça va l’emploi car c’est un tout. 

Géraldine Magnier : L’emploi c’est un tout, vous dites ça à une coach, évidemment on ne tronçonne pas les gens dès qu’ils arrivent en leur disant dès le départ “ le côté perso, on n’en veut pas dans le coaching”. Là aussi c’est une sphère, c’est plus compliqué, moi je suis un coach professionnel, je suis vraiment sur la partie professionnelle et évidemment la partie personnelle s’invite parce que la personne est un tout. Ça va dépendre, il y a des proches qui sont très soutenants, d’autres moins, et donc là c’est très personnel. C’est pour ça qu’on disait tout à l’heure, de vraiment partir de la personne pour savoir quel est le degré de soutien qu’il y a, des amis, des proches.

 Ca peut être aussi des collègues qui ne sont pas forcément dans l’équipe. Ça peut être des amis, collègues d’autres équipes. C’est sûr que le “club de soutien” élargi, il est très important. 

Eloi Choplin : On vit une période tout à fait particulière quand même. On vit avec un masque, on voit notre bouche quand même avec les masques inclusifs. 

Est-ce qu’ avec la pandémie, la crise systémique dans laquelle nous sommes depuis quelque temps, vous sentez une émergence de nouveaux cas, une demande d’accompagnement encore plus forte qu’avant, ou est-ce que non finalement, ce n’est pas toujours lié ?

Laurent El Medioni : Alors, sur ErgoSynergie on ne voit pas nécessairement une évolution du nombre de demandes. Par contre, les connaissances du milieu de la santé au travail indiquent un accroissement assez significatif des personnes qui ont des soucis de dos, d’épaules. Alors pas nécessairement des personnes reconnues en qualité de travailleur handicapé. Toute personne qui y va parce qu’elle va travailler sur une table comme celle-ci pendant huit heures dans sa journée. Et au bout des huit heures elle va commencer à sentir des tensions au dos, aux épaules, cervicales etc.

Alors il faut intervenir assez vite pour éviter qu’elle soit prise en charge quelques mois ou années plus tard par la mission handicap de l’entreprise. Donc le fait de rabaisser le plan de travail, réaménager l’espace d’assise va permettre de limiter les tensions.

Géraldine Magnier : Il faut aussi attendre peut-être que les équipes se retrouvent ensemble, et qu’il y ai peut-être des choses qui apparaissent, émergent, se disent à ce moment-là. Donc avec Empowermen on propose aux entreprises, quand les équipes vont se retrouver, de prendre le temps de se poser, parler de cette période-là pour justement laisser un espace, où peut être ce qui aura été vécu – alors certains, bien vécus – mais pour d’autres peut-être moins bien vécus. Et puis ce qui peut faire ressortir comme signaux faibles qu’on puisse vraiment prendre en charge les personnes si il y avait un besoin à ce moment-là. 

Eloi Choplin : En gros ce que vous voulez dire, c’est que, peut-être qu’il est à craindre, que nous flottons tous, dans une sorte de bain de crainte, d’angoisse et de stress, et que ça va peut-être laisser des traces, et se transformer en pathologies un peu invisibles ? 

Géraldine Magnier : Je ne sais pas, je n’ai pas de boule de cristal. Mais c’est vrai qu’en écoutant, autour de moi, les personnes n’ont pas vécu du tout les 1 an et demi qu’on vient de vivre, de la même façon, et qu’il va y avoir un grand déséquilibre dans les équipes. 

Certains vont revenir et des adaptations vont être mises en place parce qu’ils en ont parlé pendant cette période-là, et vont être pris en charge. Et puis d’autres, étaient chez eux et n’ont pas osé en parler, en visio, et on ne sait pas. Et les vécus sont tellement différents d’une personne à l’autre, il va falloir aussi que chacun écoute, prenne soin de l’autre, fasse attention à l’autre. Que l’autre a très mal vécu cette période-là, alors que soi-même on a trouvé ça génial d’être chez soi, de pouvoir avoir ce temps, cet espace etc. 

Et donc remettre ensemble les gens autour d’une mission, d’une équipe, dans un collectif : de l’écoute. Je pense qu’ à ce moment-là, ce qui va être crucial, c’est vraiment d’écouter et puis de pouvoir identifier s’il y a des personnes qui ont des fragilités, le dos qui fait mal, ou une fragilité psychologique ou quelque chose d’autre… Donc attendons de voir, le pire n’est jamais certain et on ne va pas crier avant d’avoir mal, donc attendons de voir, comment ça se passe, si ça se trouve ça se passera très bien, il n’y a pas tant de choses qui vont émerger que ça, mais pour ceux qui auront besoin, d’être à l’écoute.

Eloi Choplin : J’ai une question de Gertrude sur le chat : “Comment sensibiliser, informer et former les entreprises à “l’accessibilité » avec des guillemets à accessibilité, je pense aux outils informatiques qui sont souvent inadaptés en termes de contraste par exemple ? 

Laurent El Medioni : Je pense que c’est un discours global, l’accessibilité oui, l’accessibilité numérique, l’accessibilité physique, c’est un point mais on va avoir un discours global de prévention d’une façon générale, qui est que l’entreprise de toute façon gagnera à prévenir les situations.

Ce que disait Géraldine, on va tous revenir, les gens vont tous revenir à leur poste de travail.

Anticiper ce retour limitera les problématiques. Ceux qui auront anticipé, ceux qui auront préparé leur équipes à revenir vont certainement voir moins de difficultés que ceux qui vont faire du jour au lendemain un retour dans l’entreprise sans aucune préparation, et ça j’en suis absolument convaincu.

Géraldine Magnier : 100% d’accord que ça se prépare et qu’il va falloir préparer, cette remise en collectif des équipes, oui.

Eloi Choplin : Ça veut dire que à votre question Gertrude on peut aussi la compléter qu’on peut sensibiliser les managers, les chef(fe)s d’entreprises, comment les informer, anticiper, pour être prêt, au retour.

Alors après, on a pas de boule de cristal mais peut-être que toute les équipes ne reviendront pas comme avant non plus. 

Laurent El Medioni : Non et puis je pense que, pour aller dans ce sens, vous me tendez une perche.

Je pense que l’entreprise ne va pas revenir comme c’était avant. On est en train de vivre de plus en plus d’accords d’entreprises sur le télétravail, les entreprises sont en train de se réorganiser, en espace. Ils se disent “j’ai 10 personnes dans un bureau, si j’en ai 2 qui sont en permanence en télétravail, comment est-ce que je peux gagner du mètre carré ?”

On est en région parisienne, ça a un coup significatif, moi j’ai envie de tirer une petite sonnette d’alarme en disant, “attention à force de tourner plus personne ne va se reconnaître dans l’entreprise”. C’est un autre sujet mais c’est aussi assez important pour moi.

Géraldine Magnier : Et c’est là que c’est important, effectivement on va être sur de l’hybride, les entreprises sont en train de signer finalement des accords sur le télétravail et de passer à du “flex office” mais on peut faire du “et” en bonne intelligence, effectivement ça doit se préparer et puis de pas oublier les personnes en situation de fragilité, et d’écouter quels sont leurs besoins, est-ce que effectivement, ça peut-être aussi sur les écrans, il y a des écrans à la maison qui ne sont pas forcément adaptés, de faire en sorte que tout soit adapté, les sièges etc… Parce que c’est une partie du travail qui se fait à la maison.

Il va y avoir tous ces enjeux là qui seront aussi être à traiter donc à la fois il y a réintégrer les équipes. Nous Empowermen c’est ce qu’on propose aux entreprises d’anticiper et que chacun puisse avoir la parole et puis après d’avoir vraiment aussi au niveau des collectifs une réflexion sur “quelles vont être les modalités de travail ? L’organisation ? de quoi chacun a besoin, comment ça va s’organiser concrètement ?” 

Donc c’est deux étapes que nous on va proposer, on propose d’anticiper et de pas oublier dans ces réflexions là il faut inclure, porter une attention particulière à ceux qui sont fragiles pour cette inclusion et qui se retrouve pas les seuls à être au bureau 4 jours par semaine, et ils ont un défilé de théâtre devant eux, et donc que ce soit vraiment optimisé, gagnant pour tout le monde, 

Eloi Choplin : Oui c’est important ce que vous dites, effectivement. Il y a une donnée très importante dans vos métiers, vos deux métiers et tous ces métiers de l’accompagnement au final, c’est la confiance.

Il y a la charte du coach, il y a une charte également pour vous. Comment vous affirmez cette charte, comment vous la rappeler à ceux que vous accompagnez ? Parce que c’est essentiel.

Laurent El Medioni : Je crois que ça doit être assez naturel, je pense que la confiance se met en place au fil du premier entretien. 

Chez ErgoSynergie, on a un déroulé d’intervention, et la première chose, c’est de contacter les personnes concernés : le bénéficiaire, le médecin du travail, le manager et puis d’autres éventuellement en fonction des situations mais dans la semaine. Ce premier entretien est fondamental, il montre à la personne qu’on prend en compte sa situation et qu’on est là pour l’accompagner.

Et puis, lorsqu’on démarre l’intervention réellement, c’est-à-dire quand on rencontre la personne sur son poste de travail, il y a là aussi un entretien un peu plus long.

Laurent El Medioni : C’est au cours de cet entretien qu’apparaissent les premiers éléments, les premiers signes de confiance : c’est l’écoute, c’est l’empathie, c’est être avec l’autre qui va lui permettre de mettre en place cette confiance.

Eloi Choplin : Vous Géraldine Magnier c’est pareil, dans votre métier, il y a une charte de confiance ?

Géraldine Magnier : C’est poser le cadre, qu’il soit clair. C’est l’empathie, c’est vraiment entendre ce que nous en tant que coach on appelle la 3e écoute, c’est entendre ce que la personne nous dit. De pouvoir créer cette alliance, dans la présence à l’autre et puis dans le prendre soin de l’autre. C’est vraiment prendre soin de l’autre et de la relation avec la personne et c’est ça qui permet de créer l’alliance et la confiance.

Eloi Choplin : J’ai une dernière question extrêmement ouverte, vous y répondez ou pas d’ailleurs. Vous l’avez dit tout à l’heure Laurent El Medioni, handicap, le mot fait peur, le terme fait peur, il est un peu troublant. C’est vrai que quand 85% des handicaps sont invisibles, que beaucoup n’assument pas : 12 millions de personnes en France en situation de handicap, à mon avis il n’y a pas 12 millions de ces personnes qui assument, qui ont leurs cartes…etc. Est-ce qu’il n’y a pas un autre mot à trouver ? Vous en pensez quoi et qu’est ce que vous diriez comme mot ?

Géraldine Magnier : Si, ce n’est pas moi qui l’ai trouvé mais le cercle de la vulnérabilité qui a fait une note sur le handicap et ils ont parlé de personnes “à besoins spécifiques » ce qui est beaucoup plus inclusif. Déjà ce qui est moins estampillé. Handicap, quand je fais mes conférences je dis aux personnes de fermer les yeux, et je leur dit : “Je vais vous dire un mot et vous allez me dire quelle est l’image qui vient tout de suite derrière”. Je dis le mot “handicap” et la réponse est à 85% toujours la même. Donc “personne à besoins spécifiques” ça inclut les personnes en situation de handicap mais aussi les personnes qui sont en vulnérabilité à un moment donné. Ce sont des personnes qui à un moment donné, et peut-être momentanément vont avoir des besoins spécifiques, et partir des besoins spécifiques c’est très important. Que ce soit pour l’ergonome ou pour moi en tant que coach. On part des besoins, et ce n’est pas moi qui l’ai inventé, c’est le cercle de la vulnérabilité.

Laurent El Medioni : C’est une question à laquelle j’ai réfléchi. J’y ai réfléchi parce qu’ avec un groupe de discussion, une des personnes du groupe a dit qu’elle ne supportait pas le terme “personne en situation de handicap ».

Eloi Choplin : Oui, avant on disait “handicapé” ! Il a fallu gommer, et on revient à “personne en situation de handicap” mais on ne sait plus vraiment ce que ça veut dire.

Laurent El Medioni : Exactement, et moi je me dit : “est-ce que on a pas un moyen, plutôt que de chercher des mots avec une terminologie, de remettre le mot handicap à sa place. On est handicapé ou on est pas handicapé. Comme je disais tout à l’heure, je n’ai pas mon stylo bleu pour écrire, je suis handicapé car je ne peux pas écrire avec ce stylo bleu. Est-ce qu’ on pourrait remettre ce mot et le vulgariser, plutôt que de le changer ?

Géraldine Magnier :  Il y a remettre ce mot, puis au niveau de la terminologie il y a des personnes qui ont demandé un RQTH mais aussi des personnes que j’ai accompagné qui sont en invalidité catégorie 1. Et le mot invalidité est juste très dur, et il a plus d’un siècle puisqu’il existe depuis la Première Guerre mondiale. Donc peut-être que l’on pourrait le dépoussiérer un tout petit peu, et aller vers autre chose. Soit remettre effectivement vraiment de la culture et donner envie aux gens de regarder le handicap autrement et que le mot handicap ne soit plus juste un symbole de “la chaise roulante”. Soit “personne à besoin spécifique” qui est un petit détour, comme “personne en situation de handicap”, on fait un détour. Je trouvais que “personne à besoin spécifique” c’était inclusif aussi de toutes les personnes qui vivent un deuil, divorce, être un salarié aidant à un moment de sa vie parce que la maman, le papa, parce que l’enfant à besoin. C’était inclusif de toutes ces personnes là et je trouvais ça bien. Le débat est ouvert.

Eloi Choplin : De toute manière, vous l’avez dit, le débat est ouvert. On a ouvert une fenêtre vous pouvez continuer d’entrer dans la fenêtre et de prolonger cette discussion. De proposer pourquoi pas d’autres mots à la place de handicap ou qui pourrait prolonger la dénomination handicap. Sur notre chat continuez-bien sûr. 

Merci beaucoup Laurent El Medioni.

Laurent El Medioni : Merci à vous de m’avoir invité.

Eloi  : Donc je vous rappelle que vous êtes ergonome à ErgoSynergie. 

Et merci beaucoup Géraldine Magnier, vous êtes coach, fondatrice d’Empowermen et auteure du livre “Après la maladie, le travail”.

Géraldine Magnier : Merci !

Eloi : Cette émission a été préparée et organisée par Tangata Emploi, à bientôt et merci !